La transition écologique peut et doit être financée par la relance budgétaire

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Lors des débats au Conseil municipal de la Ville de Genève sur l’entrée en matière du budget 2020, j’ai été (un peu) surprise d’entendre le représentant du PLR s’insurger contre l’augmentation de la dette prévue, bien que celle-ci soit très modeste et bien que la dette de la Ville ait diminué depuis que les finances sont gérées par une magistrate socialiste, soit depuis 2007 (voir à ce sujet http://minuitaubosphore.blog.tdg.ch/archive/2019/04/28/comptes-2018-l-excellente-situation-financiere-de-la-ville-d-298525.html).

Le représentant du PLR a affirmé que «nos enfants vont bien devoir se priver de quelques chose» en héritant de nos dettes. Pourtant, nos investissements servent notamment à financer des infrastructures, comme des écoles, qui profiteront précisément à nos enfants et il est normal qu’elles soient financées par l’emprunt.

Ce qui m’étonne le plus, c’est bien que le PLR de la Ville tienne toujours le même discours qu’il y a 20 ans sur la dette bien que le paradigme économique ait complétement changé. Nous devons aujourd'hui investir massivement pour faire face à la transition écologique et aux conséquences sociales de la transition numérique.

Oui, le paradigme économique a complètement changé. Il y a quelques années, la charge liée au coût de la dette pouvait se monter à près de 10% du budget de la Ville. Aujourd’hui, elle représente moins de 2 %. Etant donné la capacité des collectivités publiques à emprunter à des taux proches de zéro, voire carrément négatifs, la dette n’aura bientôt quasiment plus aucun effet sur le budget de fonctionnement. Par ailleurs, au vu non seulement des enjeux urgents de notre société (écologie, social, solidarité internationale) mais aussi des craintes exprimées quant à un éventuel ralentissement économique, de plus en plus de personnalités que l’on ne saurait qualifier de gauche, préconisent des investissements massifs, financés par le recours à l’emprunt.

Par exemple, le spécialiste de la finance Serge Ledermann, ancien associé d’une banque privée, a publié lundi 19 août dans le journal Le Temps une tribune dans laquelle il écrit «Il est donc urgent de développer des stratégies de sortie basées sur la dépense publique et l’encouragement à l’investissement dans les domaines essentiels, notamment pour tenter – s’il n’est pas trop tard – de sauver notre planète». Deux jours plus tard, c’est au tour d’Yves Bonzon, directeur des investissements de la banque Julius Baer, d’appeler dans le même journal à un accroissement du poids de la politique budgétaire. Depuis lors, on ne compte plus les personnalités proches des milieux de la finance, clairement marquées à droite, qui soutiennent la relance budgétaire, comme Christine Lagarde qui prendra bientôt la tête de la Banque centrale européenne.

Cette idée d’utiliser l’argent public pour financer des investissements majeurs en matière d’écologie semble faire dorénavant l'unanimité. Non seulement, une telle relance budgétaire pourrait favoriser un redémarrage de l’économie qui bénéficierait à toutes et tous à l’heure où l’on évoque une potentielle récession (pour autant que cela puisse toucher directement le pouvoir d’achat des ménages comme le préconise le président de l’USS, Pierre-Yves Maillard…), mais en plus, elle permettrait de mettre en place des moyens de produire de l’énergie qui respectent davantage l’environnement sur le long terme. Une telle politique aurait donc un double effet positif.

Mon collègue de parti et conseiller national vaudois Roger Nordmann a publié cette année un livre intitulé Le plan solaire et le climat aux Editions Favre. Le photovoltaïque fournit en Suisse plus de 3% de l’électricité. C’est encore bien trop peu. Avec une production solaire à hauteur de 75% de l’électricité produite en Suisse, notre pays pourrait envisager une véritable politique de décarbonisation. L’Université de Sussex estime quant à elle qu’à l’aide des éoliennes, la production d’énergie renouvelable pourrait couvrir l’intégralité des besoins européens voire mondiaux à l’horizon 2050.

En définitive, ce ne sont pas les technologies qui manquent pour produire de l’énergie propre. Ce qui fait défaut, comme bien souvent, c’est la volonté politique pour mener à bien ces investissements d’envergure qui permettront de négocier le virage de la transition écologique. Ce n’est pas non plus l’argent qui manque, puisque les collectivités publiques peuvent emprunter de l’argent tout en étant rémunérées pour cela! Alors pourquoi ne pas envisager la pose de panneaux solaires dans un premier temps sur tous les bâtiments publics? Et investir dans des éoliennes? Si tout le monde – ou presque – s’accorde à dire que l’urgence climatique est une évidence, alors il faut se donner les moyens de lutter contre le réchauffement climatique par des mesures courageuses. Le temps des tièdes est révolu. Nous devons prendre des décisions qui nous engagent sur la durée!

C’est quand même un comble qu’à l’heure où les taux sont négatifs, les politiques budgétaires se font toujours plus timorées. Quand on voit qu’année après année les résultats des comptes sont positifs et que cet argent ne sert pas à mener des investissements durables qui bénéficieront au plus grand nombre et participeront au sauvetage de notre planète, on peut se demander où est passé notre sens des priorités… L’obsession de la droite pour la gestion de la dette conduit malheureusement à des situations contradictoires! Nous devons profiter de ce timing favorable en faveur d’une relance budgétaire qui serve à financer la transition écologique. De cette manière, on ne fera pas porter la responsabilité aux seuls individus. La réponse doit être collective.

Avec le groupe socialiste en Ville de Genève, j’aurai l’occasion de revenir dans les semaines qui viennent avec des propositions très concrètes sur ce sujet et c’est dans cet esprit que nous étudierons et amenderons le plan financier d’investissement.

 

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