Le projet de budget 2020 de la Ville de Genève est-il un bon budget ?

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Qu’est-ce qu’un bon budget ? Quels sont les critères qui permettent de dire que le projet de budget présenté aujourd’hui mérite évidemment d’être examiné en commission et devrait être adopté sans problème, en tout cas par le groupe socialiste? Voilà quelques critères exposés lors de mon intervention ce 11 septembre au Conseil municipal de la Ville de Genève pour défendre le point de vue du groupe socialiste.

Un bon budget, c’est un budget qui assure un service public de qualité, qui finance des prestations qui répondent au besoin des habitant.e.s de notre ville.

 

Il est ainsi indispensable d’avoir une véritable politique familiale, de promouvoir l’égalité hommes-femmes et de faciliter la conciliation vie professionnelle-vie familiale. Cela passe notamment par une offre de crèches. Le parti socialiste souhaiterait que cela soit un droit, qu’on puisse dire « A Genève, on a 1 place pour chaque enfant ». Actuellement plus de 4'000 places sont disponibles dans 78 institutions et de nouvelles ouvertures doivent voir le jour : Carré Vert, Ancien-Manège, Frontenex, Gare des Eaux-Vives. Une subvention de près de 2 millions est prévue en 2020 pour la création de 109 places. Pour l’horizon 2026, 650 places seront disponibles. Avec un taux de couverture de 83%, il est important de mettre de forts moyens dans ce domaine.

 

L’initiative « Pour une politique culturelle cohérente à Genève » plébiscitée massivement par la population devrait apporter un nouveau souffle avec une politique coordonnée entre l’Etat, les communes et les Villes dans le but de promouvoir les institutions culturelles, les compagnies indépendantes, la création artistique, le patrimoine et l’accès à la culture pour toutes et tous. L’Etat doit assumer ses responsabilités de coordinateur dans un esprit de dialogue. Il est aussi urgent de lutter contre la précarité grandissante d’une partie des artistes : le nombre de représentations est souvent trop faible dans les arts vivants et il manque des lieux de répétition. Quant à la protection sociale de la majorité des artistes, elle est déplorable. Autant de chantiers à mener sans tarder.

 

Nous saluons la subvention de 4,3 millions accordée à la Nouvelle comédie afin d’assurer le fonctionnement de l’institution, qui vient s’ajouter à la première tranche de 2,5 millions au budget 2019. On se réjouit de cette avancée pour la Ville de Genève mais aussi pour toute la région. On regrette que le Canton ne participe pas à cet important projet culturel.

 

L’élargissement de l’ouverture des piscines est essentiel et répond aux besoins de la population. Actuellement, l’ouverture des piscines à l’année, portée par le lobby des nageurs doit être entendue.

 

Un bon budget, c’est un budget qui rend la ville de Genève solidaire avec celles et ceux qui font l’objet de toute forme de discrimination et/ou d’exclusion.

 

En ce sens, nous regrettons que l’objectif que nous nous étions fixés d’atteindre 0,7% du budget en 2020 en faveur de projets de solidarité internationale n’est pas atteint en l’état et nous y reviendrons lors des travaux sur le budget.

 

L’un des points forts du budget concerne l’aide aux personnes en situation de précarité : +2,6 millions ! 300'000 francs sont accordés également au Service social pour explorer la possibilité d’héberger des personnes sans domicile dans un foyer en surface plutôt qu’en abri PC. Ce point me réjouit particulièrement car il rejoint la motion que j’avais déposée en janvier 2019 « Le logement d’abord pour une (ré)insertion sociale réussie ».

 

200'000 francs de subventionnement sont octroyés pour le sport féminin et des postes supplémentaires prévus pour la lutte contre le harcèlement des femmes dans l’espace public et pour la défense des droits des personnes LGBTIQ+. En outre, 600'000 francs additionnels devront être octroyés aux associations actives dans ces domaines.

 

Un bon budget, c’est un budget qui prévoit des investissements qui permettent de maintenir en état le patrimoine existant de la Ville et de créer de nouvelles infrastructures dans le but d’améliorer la qualité de vie des habitant.e.s de notre ville.

 

130 millions d’investissement sont inscrits dans ce budget. C’est un montant important, dans la moyenne haute de ce que la Ville investit habituellement. Toutefois, ce montant n’est de loin pas suffisant, notamment au regard des enjeux climatiques. Bien sûr, certain.e.s diront que l’action de la ville dans ce domaine ne peut être qu’une goutte d’eau dans l’océan des renoncements auxquels s’attachent l’humanité depuis que ce problème est connu. Toutefois, je suis convaincue, comme beaucoup le sont ici, que notre ville peut et doit montrer l’exemple. Je pense ici à trois axes que nous devrons développer encore plus : la mobilité douce, l’assainissement des immeubles de la ville et la production d’énergie renouvelable, solaire principalement.

 

Les 130 millions qui figurent dans le budget sont une indication, une projection, il ne s’agit pas d’une limite. Rien ne nous empêchera de proposer par la suite, et on le verra lorsque nous discuterons du plan financier d’investissement 2020-2031, de rajouter, via des propositions, des nouveaux projets d’investissements. Et c’est bien ce que nous ferons.

 

Un bon budget, c’est un budget qui permet de respecter les engagements pris avec les employé.e.s de la Ville, un budget qui finance des conditions de travail acceptable. Cela passe bien entendu par une politique salariale attractive, mais aussi par un nombre de postes de travail suffisant dans tous les services de la ville. C’est pourquoi il faut saluer les augmentations nécessaires de poste que nous accorderons en votant ce budget.

 

Un bon budget, c’est un budget qui permet d’assurer le bon fonctionnement de l’administration municipale. Je crois que le Conseil municipal peut se féliciter que le Conseil administratif ait décidé de mettre l’accent sur le renforcement du contrôle interne et du contrôle de gestion, avec la création de ces nouveaux postes. Je salue aussi la volonté exprimée d’améliorer la transversalité de la fonction financière. Il est en effet primordial pour nous que toute l’administration puisse travailler et rendre des comptes sur la base de pratiques homogènes et efficientes. Notre fonction de haute surveillance du Conseil administratif et de son administration n’en sera que facilitée.

 

Un bon budget, c’est un budget de fonctionnement qui est équilibré, c’est-à-dire lorsque les charges ne sont pas supérieures au revenu. Toutefois, cet équilibre n’a pas beaucoup de sens lorsqu’on le présente sur une seule année. Comme le précise d’ailleurs notre Constitution, c’est bien à moyen terme que cet équilibre doit être réalisé.

 

Or, le projet de budget 2020 présente un déficit de 29.9 millions en raison de la mise en œuvre en 2020 de la réforme de la fiscalité des entreprises RFFA que le peuple a accepté en mai 2019. Comme vous le savez, le parti socialiste genevois n’était pas favorable à cette réforme, notamment en raison des déficits que cela allait engendrer. Le Conseil administratif entend combler ce déficit d’ici à 2024, soit d’ici à la fin de la prochaine législature. Ces déficits successifs ne devraient en principe pas dépasser la réserve conjoncturelle constituée à cet effet dans les comptes 2018. L’équilibre financier à moyen et long terme devrait être respecté. Cependant 30 millions restent 30 millions de moins pour la collectivité publique.

 

Au-delà, le groupe socialiste restera vigilant et s’opposera bien entendu à toute coupe budgétaire, à toute baisse de prestation que la droite élargie PDC-PLR-UDC-MCG pourrait proposer, quitte à lancer des référendums comme nous l’avons déjà fait avec succès lors de cette législature.

 

Enfin, un bon budget, c’est un budget qui permet une gestion maîtrisée de notre dette. En 2020, il est prévu que la dette augmente modérément. Cela s’explique d’une part par un niveau d’investissement relativement important de 130 millions et d’autre part, par un déficit de 29.9 millions, qui génèrent donc une insuffisance de financement. Cette légère augmentation de la dette était attendue et est nécessaire pour financer nos investissements.

 

La dette de la Ville est parfaitement bien gérée comme nous avons l’occasion d’en parler lors du bouclement des comptes annuels, avec un coût moyen très bas, donc une charge d’intérêt qui diminue chaque année, les intérêts ne représentent pas plus de 2% des charges de la Ville. Aujourd’hui, la Ville peut emprunter à court terme avec des taux d’intérêt négatif, elle peut emprunter à long terme à des taux proches de zéro, voir négatifs aussi.

 

Par ailleurs, vous avez certainement eu l’occasion de lire dans la presse ces dernières semaines, de plus en plus de personnalités, qui ne sont pas connues pour être très à gauche, appellent à un changement profond de politique en demandant que les collectivités publiques mettent en place des plans de relance budgétaire permettant de faire face aux enjeux sociaux liés à la transition numérique et de faire face aux enjeux climatiques. Ainsi, nous avons les moyens aujourd’hui d’investir et nous en avons aussi l’obligation pour que nos enfants puissent affronter sereinement l’avenir.

 

Car, les bons budgets sont précisément ceux qui nous permettent d’avancer, de progresser au nom des valeurs pour lesquelles nous nous engageons, au nom des habitantes et habitants de la Ville de Genève, qui souhaitent que l’on maintienne les prestations et qu’on les développe, qui veulent une qualité de vie dans le respect de l’environnement, des logements abordables, des crèches et une offre parascolaire de qualité, qui veulent une ville de culture et d’ouverture, une ville sociale, solidaire et responsable.

 

En définitive, vous l’aurez compris, le groupe socialiste est globalement satisfait de ce projet de budget 2020 et vous recommande de l’envoyer à la commission des finances, ainsi qu’aux commissions spécialisées pour l’étudier.

 

 

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Commentaires

  • Merci Madame Kitsos pour cette synthèse étayée et pour votre vision des enjeux.

    C'est une chance que notre ville puisse compter sur une femme sérieuse, humaine, engagée et qui développe une vision sociétale ambitieuse.

  • Vous pourriez la ministre des finances qui gère bien le budget depuis une décennie.

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