Pour une réforme de la police municipale au service de la cohésion sociale !

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Alors que la Ville de Genève peut compter sur 200 agent.e.s de la police municipale (APM), force est de constater que sa mission et les compétences requises y relatives demeurent confuses. Il en découle un débat sur le type de formation nécessaire (les APM devraient-ils posséder un brevet fédéral, etc.), sur la question du port d’arme alors que les périmètres de son action sont loin d’être clairs ou encore sur le risque de créer un doublon avec l’Etat. Voilà plusieurs années que la problématique est réfléchie à l’envers. Il apparaît, en effet, plus juste de se pencher sur les périmètres de la mission pour ensuite savoir quel est le type de formation adéquat et si le port d’arme est nécessaire ou non.

Le rapport de la Cour des comptes relatif aux APM doit paraître demain. Il sera sans aucun doute particulièrement critique à l’égard de sa mission, de son organisation et de son coût. Cette situation insatisfaisante résulte d’une volonté politique de la droite. Son influence a été déterminante à travers l’Association des communes genevoises (ACG), qui a demandé au Conseil d’Etat de réformer les compétences de la police municipale. La majorité de droite au Grand Conseil a accepté le projet du gouvernement. Face aux lacunes et au manque de moyens de la police cantonale, la droite a voulu étendre les compétences de la police municipale pour qu’elle puisse assumer des tâches qui étaient jusqu’alors dévolues aux policiers.ières cantonaux.ales.

Loin de clarifier les compétences de la police municipale, la majorité d’alors lui en a donné de nouvelles. Aujourd’hui, la formation des agent.e.s municipaux.ales - plus courte que celle des agent.e.s de police cantonale - ne leur permet pas d’acquérir les compétences qui lui sont pourtant octroyées par la législation. Ce problème est connu depuis longtemps, et pourtant la même droite revient à la charge avec de nouvelles propositions hors de toute réalité. La majorité des élu-e-s de droite s’est même dit récemment favorable à armer la police municipale! Elle en demande toujours plus, en affirmant notamment que les APM devraient passer le brevet de police… ce qui impliquerait de facto qu’ils-elles puissent être armé.es ! Il y a dix ans, il y avait 100 agent.e.s de la police municipale en Ville de Genève. Ils sont aujourd’hui le double!

La politique sécuritaire du «toujours plus de moyens et de compétences», défendue par la droite, risque à terme de créer un véritable doublon entre la Ville et l’Etat. Or, initialement, les APM n’exercent pas le même métier que les policiers.ières du canton. C’est pourquoi ils n’ont pas la même formation, le même commandement, pas d’armes, etc. Actuellement, le rôle des policiers.ières municipaux.ales n’est pas clair et ils ne sont pas en mesure de répondre aux missions qui sont les leurs. Ils se retrouvent ainsi exposés à des situations difficiles, voire à risque, sur le terrain sans avoir les moyens d’y répondre.

Vous l’aurez compris, il est temps de redéfinir clairement la fonction de la police municipale. En faire une sorte de police cantonale au rabais étant une mauvaise idée. Les agent.e.s municipaux.ales doivent assumer une mission complémentaire à celle de leurs collègues de la police cantonale. Il faut en faire une police de proximité, proche de la population, capable d’aller à la rencontre des populations pour faire davantage de prévention, de dialogue social plutôt que d’assumer des tâches purement sécuritaires qui sont dévolues à la police cantonale.

La répartition des tâches entre police municipale et cantonale doit être clarifiée dans le but de définir des missions qui sont complémentaires. La police municipale doit articuler son champ d’action autour de sa proximité avec les habitant-e-s de la Ville de Genève. Elle doit être à l’écoute de la vie de la commune, en se rendant au contact de la population pour dialoguer avec elle et rappeler quand cela est nécessaire les règles qui permettent de vivre ensemble. Elle n’a pas vocation à faire de la sécurité. Son rôle est d’intervenir en amont, de faire de la prévention. Ce travail n’a rien d’ingrat, il est même nécessaire et il faut le valoriser parce qu’il permet justement de limiter les situations où la police cantonale doit intervenir.

La prévention, en effet, ne s’oppose pas à la répression. L’une vise à réduire le niveau d’un problème tandis que l’autre gère les urgences vitales. Une véritable politique de prévention a pour but la cohésion sociale. Elle nécessite des agent.e.s de la police municipale un travail de proximité, une connaissance du terrain, un réseau avec différents acteurs (social, santé, éducation, pédagogie, etc.), des liens de confiance pour poser un diagnostic (quelle forme de violence, les causes, les risques, etc.). Le port de l’arme est ainsi incompatible avec la mission de prévention. Lorsque les signaux sont au rouge, c’est à la police cantonale d’intervenir sous le modèle de l’intervention/répression. Ainsi, il apparaît nécessaire de renforcer fortement la coordination entre la Ville et le Canton sur cette question. C’est dans cette articulation fine que peuvent se dégager à mon sens des solutions.

Cela étant dit, il va de soi que la police municipale doit garder son autonomie et ne pas se transformer en annexe de la police cantonale à la charge des communes. D’un point de vue institutionnel et dans l’intérêt des finances des communes, cette vassalisation de la police municipale ne serait tout simplement pas acceptable ni souhaitable.

Plutôt que de faire de la police municipale une gendarmerie au rabais, fixons-lui une tâche qui la distingue et lui permet de contribuer à la sécurité de toutes et tous. Avoir une arme est certes un résultat politique visible dont on peut se gargariser, mais travailler à maintenir la cohésion sociale a des effets beaucoup plus concrets sur le long terme pour tout le monde. C’est juste moins facile à défendre que l’octroi d’une compétence supplémentaire et inutile. La droite municipale a toujours eu jusqu’ici une vision électoraliste de la sécurité en Ville de Genève, sans réflexion sur la répartition des tâches et des coûts.

A mon sens, les villes doivent jouer un rôle transversal en matière de sécurité dans le but de renforcer la cohésion sociale. Il s’agit de prendre le pouls de la société, de prévenir les différentes formes de violence. Pour ce faire, il s’agit de questionner ce que l’on investit dans la sécurité et le social.

Pour réaliser ce travail de réseau en faveur de la sécurité au sens large, il apparaît important que la Ville se dote d’un plus grand nombre de travailleurs.euses sociaux.ales hors murs. On n’en compte aujourd’hui que 12 et 1 auxiliaire. Pourtant, ce sont eux qui tissent des liens avec la population, notamment avec les personnes isolées, précarisées qui vivent des situations d’exclusion. Ce travail de sensibilisation s’effectue tant auprès des publics que des autorités. Il est essentiel car il permet de réduire les risques, de promouvoir des actions (médiation, culture, sport, intégration, etc.), des programmes ciblés (recommandations, promotion de la santé, réduction des violences, primo-information, accès aux prestations, etc.) et de soutenir l’auto-organisation des personnes (collectifs de sans-abris, participation citoyenne, associations de quartier, collectifs de jeunes, etc.). Ce processus permet de détecter des situations difficiles et d’intervenir de manière précoce tant au niveau individuel que collectif. A mon sens, c’est dans cette articulation avec le travail social que la police municipale a un rôle à jouer.

Lien permanent 6 commentaires

Commentaires

  • Voilà une réflexion bienvenue sur le rôle et la place de notre police municipale. La fuite en avant dans une vision essentiellement sécuritaire ne répond pas aux défis actuels. Il faut espérer que cette contribution permette d'ouvrir un débat avec tous les acteurs concernés (y compris la police) afin de jeter les bases d'une politique municipale de cohésion sociale qui assume aussi sa dimension de prévention de toutes les formes de violence et d'incivilités.

  • J'aime bien une partie de votre réflexion sur l'utilité de la polmun. Effectivement, elle est sensé faire une police de proximité et être proche de la population, ce qu'elle fait déjà très bien actuellement, en tout cas en ville de Genève.
    Ce qu'il manque dans votre pensée, c'est que le fait d'être dans la rue toute la journée, de faire des contrôles de circulation ou de contrôler des personnes qui créent du tapage dans les parcs ou les écoles, ce sont des tâches de police et pour faire cela, il faut être policier.
    De plus, il n'y a qu'à Genève que la police municipale n'est pas titulaire du
    brevet fédéral alors que partout ailleurs ils l'ont et font de la police de proximité.
    Opposer le brevet et l'arme à la capacité de faire de la polprox est un non-sens. En étant dans la rue toute la journée, les agents sont plus soumis aux risques que les agents en voiture. Il est donc normal de leur donner les moyens de faire face à toutes les situations et en particulier un braquage, comme cela est encore arrivé dernièrement à Plan-les-Ouates. D'ailleurs, le silo de police de proximité de la police cantonale est composé d'agents armés et détenteurs du brevet.
    Meilleures salutations

  • Il me semble humblement que cette description est un peu simpliste. la situation sur le terrain est beaucoup plus complexe. Le rôle de la police municipale a toujours été clair. C'est l'incapacité de la police cantonale à effectuer son travail par manque de moyens qui rend le rôle de la police municipale plus tendu. Le changement sociologique des tensions de la rue est aussi une réalité qui influence la politique de sécurité. L'augmentation des incivilités et actuellement l'augmentation des dépradations sont aussi des tâches "nouvelles" dévolues à la police municipale. Aujourd'hui, les comportements violents sont également plus habituels.

  • C'est la réalité qui "fait" la police, et pas l'idéologie.
    Certains facteurs d'insécurité, viennent de la drogue, d'attaques contre des commerces,...
    Et puis comme l'on a appris récemment, il y a à Genève des cibles potentiels pour l'EI.

    Genève étant une ville frontière avec des délégations étrangères sur son territoire, elle est d'autant plus la cible de malfrats. C'est la présence de la police qui limite les raids aux gangsters les plus audacieux.

    La question est de combien faut t'il de policiers afin d'avoir un maillage suffisamment efficace pour tout garder sous contrôle.

    Quant à la police de proximité, soit elle se rajoute à la police armé, quitte à faire double emploi, soit on a des policiers qui peuvent agir en cas de crises tout en ayant une tâche de proximité. Ce n'est pas possible de jouer sur la chance afin de laisser des zones sans protections.

    Le citoyen demande à être protégé dans une situation dangereuse. Genève en tant que ville frontière, n'a pas la sérénité d'une ville comme Bern.

    L'idée politiquement en vogue de la police de proximité qui aide à la cohésion sociale, c'est de l'imaginaire, d'autant plus que le terme "cohésion sociale" veut tout dire et ne rien dire à la fois.
    La police aide à sécuriser, elle peut venir en soutien des travailleurs sociaux, mais la cohésion est un facteur qui dépend de la volonté de l'humaine. L'Etat peut juste donner de bonnes conditions pour le lieu de vie.

    L'important donc est que la police soit efficacement partout. Et si Genève la riche, veut en plus des doublons dans une sorte de mélange de travailleurs sociaux en uniforme qui verbalise, c'est son choix.

    En tout cas, les policiers sans armes qui contrôlent des véhicules, et personnes ne doivent pas être rassurés.

    La réalité a toujours raison. A nous de nous adapter.

  • Vous voyez chere Madame, ca ne sert a rien de censure les opinions comme la mienne qui ne vous conviennent pas car la Cour des comptes n`est pas dupe de la rhétorique creuse visant a maintenir un organisme inapte a véritablement contribuer a maintenir l`ordre.

  • Intéressante analyse qui vise clairement à redéfinir la mission de la Police Cantonale tout en ne décrivant pas clairement les contours d'une police de proximité.

    Dans votre description, je comprends que la PolMun devrait avoir un rôle situé entre le travailleur social, le sapeur-pompier et un "agent politique" et défendre une pensée communale. De mon point de vue, on n'augmenterait pas la qualité du travail accompli par les TSHM en diluant leurs actions dans un corps de police communale qui a pour vocation d'être la force d’exécution des prérogatives communales. Ce n'est pas le profil actuel de ces derniers et lorsque les situations l'exigent, l'action doit prendre le relais à la communication et l'éducation.

    Si tout le monde semble d'accord de réformer les missions de police, la densification actuelle ou future de certaines communes doit remettre au milieu du village cette mission qui ne peut se résoudre à voir un corps cantonal patrouiller dans les zones touristiques et délaisser les zones plus éloignées dans lesquelles la sécurité tient d'avantage à la bonne intelligence et l'entregent que la présence policière cantonale qui agit que sur risque imminent.

    Supprimer la PolMun est une façon de renforcer la PolCan. L'écart en les deux corps nécessite une lourde adaptation législative et une évolution des mentalités. En renforçant la PolCan ET en leur rendant le titre de gendarme, le CE pacifiera un conflit larvé entre le politique et l'opérationnel tout en montrant un intérêt à réformer un concept de police appartenant au passé.

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