• Comptes 2018: l’excellente situation financière de la Ville de Genève doit nous permettre de réduire les inégalités

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    En Ville de Genève, il est toujours surprenant de voir le contraste entre la présentation des comptes qui se fait quasiment dans l’indifférence générale et la présentation des budgets qui s’accompagnent systématiquement de psychodrame médiatico-théâtral de la part des partis municipaux qui n’ont que l’opposition pour seul programme.

     

    Pourtant, les comptes représentent ce qui s’est réellement passé sur un exercice donné, alors que les budgets ne sont que des prévisions de recettes et des autorisations de dépenses. L’attention portée aux montants figurant dans les comptes devrait donc être au moins aussi grande que celle portée aux montants figurant dans les budgets.

     

    Comme je le prévoyais dans mon précédent blog, la Ville de Genève présente donc un excellent résultat aux comptes 2018, soit un boni (ou excédent de revenu) de 93.6 millions de francs, accompagné d’un taux d’autofinancement des investissements des patrimoines administratifs et financiers de 119%, malgré le fait que les dépenses d’investissement aient été plus importantes que celles qui avaient été planifiées, ce qui est réjouissant pour notre Ville. Il faut féliciter ici le Conseil administratif qui a su respecter le budget alloué par le Conseil municipal et délivrer l’ensemble des prestations prévues à la population. La dette de la Ville devrait aussi diminuer de manière significative, dès que ces flux comptables deviendront des flux financiers réels.

     

    On pourrait tout simplement oublier les discours de la droite au moment du budget, si peu crédibles par leur catastrophisme, ou ironiser comme je l’avais déjà fait, il y a 3 ans déjà (http://minuitaubosphore.blog.tdg.ch/archive/2016/04/23/les-comptes-de-la-ville-leur-mine-deconfite-et-des-coupes-bu-275690.html). Il vaut quand même la peine de se rappeler par quel chemin est passé le budget 2018 :

    • Projet de budget 2018 déposé en août 2017 avec un déficit de 20 millions de francs. Suite au tollé de la droite au Conseil municipal, il est retiré.
    • Nouvelle version du projet de budget 2018 redéposé en novembre 2017 avec 0.3 million d’excédent grâce à une réévaluation des recettes fiscales par le canton.
    • Succès le 4 mars 2018 des référendums lancés par la gauche sur les coupes que la droite avait opérées sur le budget 2017.
    • Budget 2018 finalement voté le 29 mai 2018 avec 0.2 millions d’excédent, grâce à un des groupes de la droite soudainement revenu à la raison suite à deux défaites consécutives devant le peuple, sur les budgets 2016 et 2017.

    La publication des comptes 2018 de la Ville de Genève est aussi l’occasion de jeter un coup d’œil en arrière, sur les 12 derniers exercices, soit depuis que les finances sont dirigées par la Conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno.

     

    Si on ne tient pas compte du crédit extraordinaire versé à la caisse de pension de la Ville en 2013, tous les exercices depuis 2007, sans exception, ont été bénéficiaires, en moyenne à hauteur de 76 millions. En 2007, la dette de la Ville se montait à 1.84 milliards, soit 162% des revenus de la Ville. A fin 2018, la dette se monte à 1,598 milliards, soit 125% des revenus, la diminution de la dette est donc relativement importante. Par ailleurs, entre 2007 et 2018, le service de la dette (les intérêts payés aux créanciers) a été divisé par 3. Ainsi, quoi qu’en dise la droite municipale, le bilan de la gestion financière de la Ville de Genève est exemplaire, comme le montre aussi les classements et comparatifs des villes suisses régulièrement établis par l’IDHEAP.

     

    Toutefois, on doit quand même s’interroger sur l’origine de ces bonis. Ils s’expliquent à la fois par une loi très restrictive (la loi sur l’administration des communes qui impose des budgets à l’équilibre chaque année, quel que soit la situation conjoncturelle) et par des prévisions fiscales très ou trop prudentes qui incite la droite à réclamer à la Ville des cures d’austérité qui ne se justifient absolument pas à chaque débat budgétaire. On se rappelle à ce sujet le fameux courrier de la droite qui demandait au Conseil administratif de faire des économies de plusieurs dizaines de millions. On se demande d’ailleurs si cette demande est toujours d’actualité alors que les élections approchent…

     

    Résultat de cette politique d’austérité absurde et inutile : la Ville n’est pas capable de répondre à l’ensemble des besoins de la population dans tous les domaines. Or, les défis sont nombreux: 17% de besoins en crèches non couverts, augmentation annuelle de 5% de demande au parascolaire, augmentation des personnes au seuil de la pauvreté,  vieillissement de la population, budget de fonctionnement des grandes institutions culturelles, transition écologique, etc. Les associations, qui font un remarquable travail sur le terrain  pour relayer la Ville, ne sont pas suffisamment soutenues en regard de l’engagement fourni et l’administration doit faire face à des dotations en personnel insuffisantes dans bien des secteurs.

     

    Les déséquilibres budgétaires pourraient toutefois s’accentuer si la réforme de la fiscalité des entreprises (RFFA) est adoptée au niveau fédéral et cantonal le 14 mai prochain, avec un impact négatif prévu de 30 millions sur le budget 2020 de la Ville, puis pour des montants supérieurs les années suivantes. En outre, les transferts de charges prévues par le canton devraient représenter pour les communes une perte de 20 millions au budget 2020, 50 millions en 2021 et 90 à partir de 2022. La Ville devra payer probablement environ la moitié. Espérons que le mécanisme de réserves conjoncturelles mis en place par le Conseil administratif pour faire face à ces pertes (104.6 millions prélevés sur les bonis 2017 et 2018) sera suffisant pour empêcher la droite de recommencer ses tentatives de coupe budgétaire sur les prochains budgets. Bien que cette réserve conjoncturelle ne soit finalement qu’une écriture comptable à l’intérieur des fonds propres du bilan de la Ville et qu’il ne sera pas possible de l’utiliser comme un crédit budgétaire, il faut rappeler qu’elle répond à une demande du Conseil municipal, proposée justement par les partis de droite !

     

    Pour ma part, si je suis élue au Conseil administratif au printemps 2020, quel que soit le résultat de la votation sur RFFA, je m’engage à me battre de toutes les manières possibles, par exemple en modifiant la loi sur l’administration des communes, pour que les débats budgétaires en Ville ne soient plus faussés par des prévisions fiscales trop prudentes, donc sous-évaluées, pour que le budget revienne à sa fonction première, soit la mise à disposition de moyens permettant de répondre aux besoins de la population tout en respectant des critères de durabilité financière à moyen et long terme. Je suis convaincue que la population genevoise souhaitera changer de majorité au Conseil municipal pour ne plus subir ces discussions stériles à vue étriquée et à court terme qui ont trop souvent eu lieu au cours de cette législature sur les questions budgétaires.

     

    Car, si Genève connaît une économie forte dont on peut être fiers-ères, il n’en demeure pas moins que des poches de précarité se creusent dans certains quartiers. Il nous appartient de nous battre pour avoir les moyens de nos ambitions dans le but de réduire les inégalités sociales et maintenir des équilibres dans le respect de l’environnement.

     

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