RFFA, les milliards d’Ueli Maurer et la précarité cachée en Suisse

Imprimer

L’assemblée générale du Parti socialiste genevois de ce 12 mars 2019 devra trancher pour ou contre la réforme de la fiscalité des entreprises tant sur le volet fédéral que sur le volet cantonal. Les 11 Député-e-s sur 17 qui n’ont pas pris part au vote sur la RFFA cantonale ont adressé une lettre aux militant-e-s pour la refuser (Explication de Député-e-s socialistes contre la RFFA.pdf), à laquelle je m’associe.

Dans une interview parue dans le Courrier du 26 février dernier, j’ai fait part de mon positionnement contre la réforme de la fiscalité des entreprises sur laquelle nous allons voter le 19 mai, à la fois sur le volet fédéral et sur le volet cantonal. En effet, la diminution des recettes fiscales attendue ne pourra pas être supportable pour les finances de la Ville de Genève sans diminution des prestations à la population.

 

Rappelons que cette réforme est censée déployer ses effets en même temps que le transfert de charge de 90 millions de francs que le Conseil d’Etat veut imposer aux communes du canton, dont probablement plus de la moitié pour la Ville. Par ailleurs, soutenir que le refus de RFFA serait donner un blanc-seing à la droite pour supprimer la taxe professionnelle est une hérésie. Ne soyons pas dupes, même si elle se cache de le revendiquer : si d’aventure RFFA était soutenue par le peuple, la prochaine étape serait de toute façon la suppression de la taxe professionnelle, soit un peu plus de 100 millions de francs pour la Ville.

 

Ce n’est pas la nécessité de cette réforme qui est contestable, mais bien entendu le résultat final obtenu et son taux d’imposition de 13,99% pour les entreprises à Genève. Ce taux est ridiculement bas en regard du besoin de financement des prestations de la collectivité dont la population a besoin pour vivre en sécurité, se loger décemment, avoir accès à des soins de qualité ou à un enseignement de qualité. Ce taux ne résulte que de l’insistance de la droite à nous faire croire que nombre d’entreprises partiront si ce taux devait être plus élevé. Si le niveau de la fiscalité peut effectivement être vu comme un pari sur l’avenir, on se doit quand même de dénoncer ce catastrophisme fiscal dont fait preuve la droite depuis des années qui n’est pas sans conséquences sur la population.

 

J’en veux pour preuve les cures d’austérité imposées par le Conseil fédéral depuis des années, pudiquement appelées « programme de stabilisation », à la Confédération et de manière indirecte aux cantons. Or, que constate-t-on à chaque clôture des comptes de la Confédération ? Que les comptes sont largement bénéficiaires ! Ueli Maurer vient d’ailleurs d’annoncer un bénéfice 2018 de 3 milliards. Sur les 12 derniers exercices, 8 ont été bouclés avec plus de 2 milliards d’excédent. Bien entendu, pour la droite, majoritaire au parlement, il n’est pas concevable de redistribuer cet argent à celles et ceux qui en ont réellement besoin, par exemple par une hausse des subsides LaMal et des prestations complémentaires. Non, ces bénéfices sont soi-disant extraordinaires et ne doivent servir qu’au remboursement de la dette (rappelons quand même que la dette ne coûte rien puisque la Confédération emprunte aujourd’hui à taux zéro, voire négatif).

 

A Genève, c’est pareil : l’austérité budgétaire pour faire peur, puis la bonne surprise, ça fait aussi des années que ça dure. Même si les comptes 2018 ne sont pas encore disponibles, on peut s’attendre aussi à une différence très importante entre le budget voté et les comptes finaux. En effet, le budget 2018 avait été établi en fonction de perspectives économiques très inférieures à ce qu’elles ont été en réalité. Il suffit de comparer les prévisions du groupe de perspective économique de l’Etat pour l’année 2018 publiée en octobre 2017 avec celle publiée en janvier 2019. On passe d’une variation du PIB prévue de 1.6% à un résultat estimé de 3.1% (https://www.ge.ch/dossier/perspectives-economiques/perspectives). Cela signifie que les comptes seront probablement largement bénéficiaires. On apprendra aussi bientôt que la Ville de Genève est dans le même cas et on se rappellera des tentatives de la droite d’imposer des coupes budgétaires totalement injustifiées.

 

Ainsi, puisque la réalité des comptes montre année après année que l’austérité imposée par la droite au moment des débats budgétaires n’a absolument aucune justification, seule des baisses d’impôt pourront lui donner raison et mettre en péril les finances de la collectivité. C’est précisément pour cette raison que l’on doit s’élever contre cette RFFA fédérale et son volet cantonal.

 

Pour ma part, en tant que candidate à la candidature en vue du renouvellement du Conseil administratif en Ville de Genève en 2020, je m’engage à me battre pour que ma commune et mon canton puisse disposer de moyens suffisants pour faire face à toutes les tâches qui incombent à la collectivité, et notamment le soutien aux familles et aux plus défavorisés, soit le 13.5% de la population qui sont « à risque de pauvreté » dans notre pays, selon les statistiques officielles citées dans le rapport sur la pauvreté à Genève paru en 2016.

 

Pour mener une véritable politique sociale, nous devons avoir les moyens de nos ambitions et assumer nos responsabilités.

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • Madame

    Je vous invite volontiers pour un café afin de vous donner des pistes pour économiser plutôt que de prendre l'argent à ceux qui travaillent durement pour faire vivre de nombreux salarié(e)s en créant des entreprises...
    Bien à vous,
    Lorin
    079 599 99 33

  • Je vous soutiens et essayons de réaliser tous vos projets.
    jmkohler0@gmail.comf

  • @Voutat Lorin
    Puisque que vous parlez des PME, donnez nous des exemple de la charge fiscale actuelle, et la charge qui s'en suivrait avec la proposition socialiste, juste pour voir de combien la charge fiscale serait augmentée...

Les commentaires sont fermés.